2nd Open Access Colloquium :
présent et futur des publications scientifiques

Annonce

La seconde édition du colloquium aura lieu les mercredi 2 et jeudi 3 juillet 2014.
Elle se tiendra à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (Paris), en salle Dussane.

Aucune inscription n'est nécessaire pour venir assister aux conférences.

Les enregistrements des conférences sont mis à disposition ici.

Présentation

Lors de ce colloque nous nous centrerons sur la publication dans les revues scientifiques à comité de lecture, où un comité éditorial se charge de l'évaluation des articles par les pairs (« peer-reviewing » en anglais) avant d'accepter de les publier, ou de refuser. Nous réserverons le terme « éditeur » (« editor » en anglais) pour désigner les membres du comité éditorial et désignerons par « publicheur » (« publisher » en anglais) l'instance chargée de la publication des articles. Cette terminologie a pour but d'éviter une confusion courante qui tend à faire croire que les publicheurs sont en charge de l'évaluation scientifique des articles. Ceci n'est pas le cas car seuls les éditeurs et les relecteurs (« referees » en anglais) sont des chercheurs en activité (d'où leur nom de « pairs ») capables d'évaluer les articles hautement spécialisés soumis aux revues, tandis que les publicheurs sont des professionnels de la publication, chargés de la mise en ligne des articles acceptés et de leur impression sur papier. Cette dernière est en train de disparaître, étant remplacée par l'impression à la demande, tandis que l'archivage sera bientôt assuré sur des supports électroniques pérennes.

Depuis l'avénement du réseau Internet et du Web, le modèle traditionnel de publication des articles scientifiques, imprimés puis vendus par abonnement, est en pleine mutation. Les banques d'investissement ont compris cette évolution majeure bien avant les chercheurs, ce qui leur a permis de prendre le contrôle des principales revues scientifiques à comité de lecture et d'imposer ainsi aux chercheurs et à leurs institutions leurs conditions. Seuls quelques publicheurs dominent aujourd'hui le marché au niveau mondial en faisant des profits extraordinaires (entre 30 et 40%) qui rendent insoutenable à terme l'achat des revues pour la plupart des institutions d'enseignement et de recherche. Ceci a eu pour conséquence la disparition de nombre de publicheurs académiques traditionnels, qui ont soit fait faillite soit ont été rachetés par ceux contrôlant le marché.

Ce colloque fait suite au premier Open Access Colloquium qui a eu lieu à l'Université McMaster (Canada) en avril dernier. Il sera l'occasion de faire se rencontrer et discuter ensemble les différents acteurs académiques concernés par la mutation actuelle du système de publication. Il réunira des chercheurs (en particulier ceux qui sont membres des comités éditoriaux des revues), des bibliothécaires (en particulier ceux qui négocient les contrats d'abonnement aux revues) et des juristes spécialistes du droit d'auteur (en particulier ceux des « Creative Commons » qui permettent aux auteurs de préserver leur droit d'auteur tout en autorisant les revues à publier leurs articles). La finalité de ce colloque est de faire l'état des lieux de la publication académique, en croisant les témoignages des différents acteurs, et d'envisager plusieurs solutions susceptibles d'améliorer la qualité des articles évalués par les pairs et de maximiser leur diffusion. On étudiera en particulier comment tirer pleinement parti des nouveaux moyens offerts par les technologies de l'information et de la communication afin de permettre la mise à disposition gratuite pour tous (« libre accès » ou « Open Access » en anglais) des articles publiés par les chercheurs, tout en améliorant la qualité de l'évaluation par les pairs et en préservant au mieux les budgets consacrés au financement de la recherche.

Programme

Mercredi 2 juillet

9h – 9h30 Pablo Rauzy Telecom ParisTech.

Ancien étudiant au département informatique de l'ENS et actuellement doctorant en informatique et sécurité des systèmes cryptographiques à Telecom ParisTech. Militant pour le logiciel et la culture libre depuis très jeune, il s'intéresse aujourd'hui principalement à la lutte pour le libre accès à la recherche et à celle contre la bibliométrie.

Publications scientifiques : définitions et historique

Cet exposé commencera par une introduction au fonctionnement du système de publication dans la recherche, ce qui permettra de poser le vocabulaire et de contextualiser la discussion. Ensuite, nous verrons quel est l'état actuel de ce système et les problèmes qui y sont liés. Une perspective historique nous aidera à expliquer comment on est arrivé à la situation actuelle. Enfin, nous verrons rapidement ce qu'est le libre accès à la recherche et ce qu'il apporte comme solutions. Durant la présentation nous verrons que la lutte pour le libre accès et celle contre les effets néfastes de la bibliométrie sont étroitement liées, et pourquoi ces luttes doivent converger (ou pourquoi l'auto-publication et l'évaluation ouverte sont pour moi les vraies bonnes solutions).

Academic publishing: definitions and history
This talk will begin with an introduction to how academic publishing works, which will allow to establish the vocabulary and contextualize the discussion. Then we will see what is the current state of academic publishing and what problems are associated with it. An historical view will allow us to better understand how we arrived there. Next, we will do a quick overview of what is open access to research and what solutions it proposes to the aformentioned problems. During this talk, we will see that the struggle for open access and the one against the harmful effects of bibliometrics are closely related, and why they must converge (or, why self-publication and open peer-review are, for me, the true good solutions).

9h30 – 10h Jacques Lafait UPMC (Université Pierre et Marie Curie), Paris.

Physicien, directeur de recherches émérite au CNRS, chargé de mission auprès du président de l'UPMC pour la documentation et les bibliothèques.

Les choix d'une grande université face à la dérive de l'édition scientifique

Confrontée à l'augmentation à deux chiffres des tarifs des abonnements imposés par les grands « publishers », l'Université Pierre et Marie Curie a été contrainte en 2010 de faire des choix radicaux. Tout d'abord en faisant face, presqu'en solitaire, à l'un d'entre-eux en refusant des conditions de réabonnement léonines. D'autre part en entrant résolument dans le mouvement des archives ouvertes. Ces décisions discutées et avalisées en interne à tous les niveaux, ont été en partie couronnées de succès. Elles se sont cependant heurtées à plusieurs obstacles. Du côté des éditeurs, du fait de la tentative de généralisation de la politique des grands « publishers » et d'un manque évident de coordination des politiques des grands établissements face à ces dérives. Du côté des chercheurs, du fait d'une méconnaissance assez générale du problème et d'une inertie à déposer leurs articles dans HAL. Un travail de fond conduit par la présidence et les bibliothèques commence pourtant à porter ses fruits. D'autre part, la mise en place par le ministère de la recherche de la Bibliothèque Scientifique Numérique (BSN), à laquelle participe activement l'UPMC, laisse bien augurer de l'élaboration d'une politique nationale dans ce domaine, même si les freins et les incertitudes sont encore importants. Les défis qui se présentent aujourd'hui à l'UPMC se posent dans le nouveau cadre pluridisciplinaire de Sorbonne- Universités, où les cultures STM et SHS doivent s'harmoniser pour promouvoir une politique de libre-accès originale et volontariste. Car il est prouvé que le libre-accès augmente l'audience des publications. Les préoccupations immédiates et à plus long terme portent notamment sur la gestion de la période transitoire vers le dépôt généralisé en archives ouvertes, les copyrights et la question de la propriété des données de la recherche (« data »), l'édition scientifique libre au niveau d'un grand établissement, « l'open peer-reviewing »…

10h – 10h30 Christine Berthaud CCSD (Centre de Communication Scientifique Directe), Lyon.

Directrice du CCSD (Centre de Communication Scientifique Directe), unité de service du CNRS, INRIA et PRES de Lyon implantée à Lyon et dédiée à la réalisation d'archives ouvertes interdisciplinaires, dont HAL (Hyper Articles en Ligne).

Politique des archives ouvertes en France : un modèle dynamique

L'archive ouverte HAL, créée en 2001 par le Centre pour la Communication Scientifique Directe (CCSD-CNRS) est une archive ouverte inter établissements, fondée sur le modèle d'ArXiv et complètement multidisciplinaire : elle recueille des dépôts émanant des scientifiques de l'ensemble des établissements l'enseignement supérieur, toutes disciplines confondues. En avril 2013, a été signé dans le cadre de la Très Grande Infrastructure Recherche : la Bibliothèque Scientifique Numérique, le protocole d'accord entre les universités et de nombreux organismes faisant de HAL, effectivement une plateforme commune à forte visibilité internationale. Les établissements signataires s'engagent à alimenter HAL selon des modalités définies. C'est dans cette même philosophie d'open access, que l'on voit émerger le modèle des épi-journaux créés sur les archives ouvertes, comme le propose la plateforme Episciences.org, ces revues scientifiques, trouvent toute leur place au cœur de la voie verte et la voie dorée.

10h30 – 11h
Pause
11h – 11h30 Sandrine Malotaux Consortium Couperin et Institut Polytechnique de Toulouse.

Conservateur général, responsable du département des négociations documentaires du Consortium national Couperin, directeur des services d'information et des bibliothèques de l'Institut National Polytechnique de Toulouse. Elle coordonne les quelques 120 négociations gérées par le consortium, pour des ressources électroniques de toute nature (revues, ouvrages, corpus de textes etc.). Son rôle est d'évaluer les besoins et contraintes des membres du consortium, fixer les objectifs de négociation, veiller à la formation et l'information des négociateurs (une soixantaine), cadrer le processus de négociation, valider les propositions et évaluer les résultats, prendre le relai sur les négociations complexes, et négocier directement plusieurs ressources (ACS, RSC, IEEE, Elsevier).

Acquérir l'information scientifique : la politique du consortium national Couperin, objectifs et résultats

Le fait qu'une revue soit accessible dans une université est le résultat d'un processus complexe de négociation avec les éditeurs ici dénommés "publieurs". Ce processus est organisé à différents niveaux, régional, national, international. Quelles sont les parties prenantes? Qui négocie? Qui décide? Qui paie? Quelles difficultés, quelles contraintes? Le consortium national Couperin expose ses méthodes et objectifs de travail, et ses résultats.

11h30 – 12h Serge Bauin CNRS et Sorbonne-Paris-Cité.

Ancien directeur de la DIST (Direction de l'Information Scientifique et Technique) du CNRS et directeur de l'INIST (INstitut de l'Information Scientifique et Technique), chargé de mission au CNRS sur l'Open Access, membre au groupe de travail sur l'Open Access de « Science Europe » et de celui du « Global Research Council », responsable de la politique d'Open Access de Sorbonne Paris Cité.

Nous sommes tous conservateurs mais il y en a qui le sont moins que d'autres

Oui, on parle politique ! ce n'est pas honteux…
Autour de la communication scientifique, trois acteurs, en simplifiant beaucoup : chercheur, bibliothécaire, publicheur.
Tout le monde est d'accord, le libre accès, c'est l'avenir. Mais :
— Le chercheur a autre chose à faire que de prendre de son temps pour cette question. Il veut être bien évalué maintenant, donc avec le système en place où le prestige des revues est primordial.
— Le bibliothécaire est et a toujours été le médiateur, il a des relations de négociation avec le publicheur, il rend service au chercheur.
— Le publicheur veut préserver/augmenter son CA.
Lâcher la proie pour l'ombre ?
Rien ne change : on parle encore de journaux, de fascicules, de volumes, de numéros, de pagination dans le fascicule, comme si on était encore dans l'ère Gutenberg. Nous sommes dans le scriptorium à l'ère des incunables du numérique. Et les bibliothèques se ruinent dans les « big deals » (au détriment du service aux étudiants ?).
Et pendant ce temps-là :
Les choses changent : archives ouvertes, nouveaux type de journaux, voire nouveaux types de publications, nouveaux processus, nouveaux modèles économiques, nouveaux services etc., souvent plusieurs en même temps. Exemples, beaucoup.
En résumé : Qui innove ? Pourquoi ? Les trois acteurs sont-ils toujours les mêmes ?
Nous ne savons pas (en tout cas pas moi) de quoi demain sera fait. Action politique : encourager les initiatives vraisemblablement vertueuses. Citation du projet de loi de santé, juin 2014 : « le rôle de l'État est d'être un facilitateur et de garantir un écosystème favorable à l'innovation ».

12h – 12h30 Jean-Claude Guédon Université de Montréal, Canada.

Professeur de littérature comparée à l'Université de Montréal (Canada), signataire des Déclarations de Budapest de 2002 et 2001 et de la Déclaration de Berlin de 2003, membre de l'Open Society Institute' de 2002 à 2006, impliqué dans différents mouvements soutenant la publication en accès libre et gratuit, ainsi que le développements des logiciels libres.

Où va l'Open Access ?

Résumé manquant.

12h30 – 13h
Table ronde
13h – 15h
Déjeuner
15h – 18h
Discussion en groupe de travail restreint (sur invitation)
Salle d'Histoire, escalier D, 2ème étage

Jeudi 3 juillet

9h – 9h30 Pierre Mounier EHESS et CLEO (Centre pour L'Edition Ouverte), Paris.

Chercheur à l'EHESS (Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales), directeur-adjoint du CLEO (Centre pour l'Edition Electronique), unité de service du CNRS et de l'Université d'Aix-Marseille basée à Marseille, qui développe le portail OpenEdition, qui est un ensemble de plateformes de ressources électronique diffusant des revues et des ouvrages en sciences humaines et sociales.

Existe-t-il une voie SHS pour l'open access ?

Est-il encore pertinent de discuter des défis et perspectives de l'open access en général ? Ce n'est pas certain. Car ce faisant, ce sont les modèles dominants de communication en STM qui sont pris pour modèle. Dans ces conditions, les SHS sont toujours considérées sous l'angle du « retard à rattraper ». Je propose de considérer le problème sous un autre angle et de tenter de définir ce qui pourrait être une voie spécifique aux humanités pour l'open access, en confrontant les catégories dominantes du domaine aux spécificités que présentent ces disciplines en terme de pratiques de communication, de structuration des acteurs, de modèles économiques mais aussi de la relation qu'elles établissent à la société.

9h30 – 10h Danièle Bourcier CERSA (Centre d'Études et de Recherche en Sciences Administratives) et Creative Commons France, Paris.

Juriste, chercheur CNRS au CERSA (Centre d'Études et de Recherche en Sciences Administratives), spécialiste du droit d'auteur, responsable scientifique de « Creative Commons France », membre du « Comite d'Ethique du CNRS ».

Pourquoi a-t-on vraiment besoin des licences Creative Commons dans l'univers de l'Open Access ?

es licences « Creative Commons » s'appliquent aux contenus couverts par le droit d'auteur. Donc les publications scientifiques sont concernées. Mais ces licences sont en plus particulièrement adaptées à tout univers ouvert, y compris celui des données. En effet l'Open data soulève de plus en plus de questions en terme de disponibilité juridique des contenus. L'intervention volontaire de l'auteur est donc fondamentale. Nous proposons de discuter de ces questions liées au nouveau droit des publications et des données scientifiques, ainsi que les solutions qu'ouvrent les licences libres comme « Creative Commons ». Ouvrir mais couvrir, là est la question.

10h – 10h30 Puneet Kishor Creative Commons, Mountain View, États-Unis.

Spécialiste de Sciences de l'Environnement et de politique de l'information, il est responsable de la politique scientifique et du développement des licences de publication des articles et des données chez « Creative Commons » (Mountain View, États-Unis), où il travaille sur tous les aspects du cycle de l'information scientifique dans le but de la rendre plus ouverte et plus collaborative.

Open is good, but simple and open is even better

Science is about original discovery, but such discovery is built on the works of others. As Isaac Newton said, “If I have seen further it is by standing on the sholders [sic] of Giants.” Science is fundamentally about reuse and remix leading to new discovery. But such reuse is difficult if the materials being reused and remixed are differently licensed. This talk will focus on the importance of simplicity and interoperability to make the process of science efficient. After all, if the giants are all of different heights, it would be very difficult to stand on their shoulders.

10h30 – 11h
Pause
11h – 11h30 Susan Friedlander University of Southern California, Los Angeles, États-Unis.

Professeur de mathématiques à l'Université de Californie du Sud (États-Unis), éditrice du « Bulletin of the American Mathematical Society » (USA).

Some concerns about the state of mathematics journals from an american point of view

The American Mathematical Society is a major publishing house for mathematics. I will give a brief overview of some of the AMS journals and its response to various pressures including issues of open access and what the future might bring. I will also discuss some of my personal worries about the dangers of gold open access.

11h30 – 12h Bernard Teissier UPMC (Université Pierre et Marie Curie), Paris.

Mathématicien, Directeur de Recherches Émérite (CNRS) à l'Institut Mathématique de Jussieu-Paris Rive Gauche, président du comité des publications de l'European Mathematical Society, a été jusqu'à l'an dernier directeur scientifique du RNBM (Réseau National des Bibliothèques de Mathématiques) et, à ce titre, a participé aux négociations avec certains éditeurs, en particulier Springer.

Chercheurs et bibliothécaires dans le nouvel écosystème de documentation

Il faut repenser le système d'évaluation, de diffusion, de publication, et le rôle des chercheurs et des bibliothèques. L'exposé contiendra quelques propositions.

12h – 12h30 Nicholas Kevlahan Université McMaster, Canada.

Professeur de mathématiques à l'Université McMaster (Canada), impliqué dans le mouvement « Cost of Knowledge » et oeuvrant pour l'amélioration du système de publication dans les revues à comité de lecture.

L'avenir de l'édition académique

Le système actuel de l'édition académique souffre de problèmes fondamentaux, aussi bien pour les universitaires qui fournissent le contenu et l'expertise que pour le grand public qui est censé pouvoir bénéficier de leur recherches. Dans mon exposé je me propose de détailler les défauts du système actuel et de rappeler quelques évolutions récentes avant de présenter des modèles de diffusion du savoir et d'évaluation de la recherche alternatifs. Je terminerai en résumant les enjeux et thématiques majeurs évoqués lors des deux jours de ce colloque et en soulignant les aspects qui demeurent mal compris.

12h30 – 13h
Table ronde
13h – 15h
Déjeuner
15h – 18h
Discussion en groupe de travail restreint (sur invitation)
Salle d'Histoire, escalier D, 2ème étage

Documents

Articles (classés par ordre chronologique)

Vidéos (classées par ordre chronologique)

Sites web (classés par ordre alphabétique)

Accès

École normale supérieure
45 rue d'Ulm
75005 Paris, France.

Bus : Lignes 21 ou 27 Feuillantine / ligne 38 Auguste Comte.
Métro : Ligne 10 Cardinal Lemoine / ligne 7 Place Monge.
RER : Ligne B Luxembourg.

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